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Hugues Parnassié - André Hodeir

HUGHES PANASSIÉ – ANDRÉ HODEIR :

UNE QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES

DU JAZZ « PRIMITIF » À L’ŒUVRE D’ART


 

JOURNÉE DÉTUDE – jeudi 3 octobre 2013

 

Université de Franche-Comté (Besançon) – MSHE Ledoux - CIMArtS

 

Hugues Panassié (1912-1974) et André Hodeir (1921-2011) sont deux grandes figures antagonistes de la pensée du jazz de la mi-XXe siècle. Ils incarnent les deux pôles de la querelle des Anciens et des Modernes ayant donné lieu à la "guerre du jazz" qui déchira, à la Libération, la critique de jazz française (entre "raisins aigres" et "figues moisies"). Du premier regard, il y a bien un carrefour, un embranchement, deux itinéraires conflictuels : la vision panassiéiste pose le jazz comme expression de (d'une tradition, d'une sensibilité "noire", etc.) ; la vision hodeirienne qui s'en tient à poser le jazz comme une musique. Primitivisme d’un côté ; notion que le jazz est un art de l’autre. De là le conflit qui se matérialise à l'occasion de la naissance du be-bop, récusé par Panassié (car s'écartant de la tradition), et applaudi par Hodeir (car s'émancipant de la tradition). La "Religion du jazz" construite par Panassié avec ses divinités, son culte et ses hérétiques, s'oppose à une mystique de l'œuvre chez Hodeir, avec la constitution, au fil de ses écrits, d'une sorte de musée des chefs d'œuvres placés dans une perspective progressiste aboutissant, un peu plus tard, à la figure du compositeur de jazz (distinct selon Hodeir de l'auteur de thèmes comme de l'arrangeur).

De là en tout cas une franche opposition, sans doute simplificatrice, entre un Panassié incarnant la réaction et un Hodeir le progrès, opposition dont un des paradoxes est qu'elle tend dans des études récentes à se renverser (dans une perspective peut-être également simplificatrice). En effet, la vision déterministe d'Hodeir, parfaitement critiquable en tant que telle, est souvent envisagée comme le symptôme d'une approche par trop occidentale du fait culturel afroaméricain, voire comme le signe d'une sorte de projet d'expropriation culturelle, qu'accréditeraient tout à la fois le vocabulaire savant et technique de Hodeir-critique, ses nombreuses références à l'histoire de la musique occidentale, son rejet « adornien » de l'entertainement, son scepticisme à l'égard du free jazz, et ses procédés de compositeur attentant parfois à la spontanéité de l'improvisation. À l'inverse, la vision panassiéiste du jazz, si elle demeure dans le domaine universitaire indéfendable et indéfendue quant à ses conclusions (le jazz "chutant" dès Lester Young…), a été grandement revisitée quant à ses fondements, se voyant même parfois créditée d'un rôle tout à fait pionnier (quoique pour des raisons discutables) en matière de relativisme culturel.

Avant d'incarner les deux figures de proues conflictuelles de la tradition et de la modernité, Panassié et Hodeir ont pourtant été liés par une relation amicale, amorcée par une correspondance abondante et assidue de deux années (1940-1942). Si une moitié de cette correspondance (les lettres d'Hodeir) a disparu, l'autre (les lettres de Panassié) a été retrouvée dans les archives personnelles d'André Hodeir, peu après sa disparition en novembre 2011. Échangées alors que Panassié, co-fondateur de la revue Jazz hot et auteur de l’ouvrage Le Jazz Hot, fait déjà figure de spécialiste éminent du jazz, alors que Hodeir, jeune homme de vingt ans reclus en sanatorium, est encore à peu près inconnu, ces lettres attestent de la nature ambivalente de la relation entre les deux hommes, tantôt objectivement placée sous le schéma maître-disciple (les premiers livres d'André Hodeir en porteront la trace), tantôt laissant déjà apparaitre ce qui deviendra bientôt inconciliable.

Dans la perspective d'une publication de cette correspondance, cette journée d'étude vise à éclairer son contexte. En amont, principalement, en cherchant à affiner les causes profondes de l'"originisme" panassiéiste, mais éventuellement aussi en aval, en s'interrogeant sur la manière dont le désaccord Panassié / Hodeir se rejoue peut-être sous d'autres formes après leur conflit proprement dit ; durant les années soixante par exemple, lorsqu'à rebours de la dimension politique, contestataire et identitaire de la mouvance free, Hodeir rêve d'imposer une théorie de l'œuvre composée de jazz (dont les problématiques sont exclusivement musicales) ; ou plus largement, indépendamment de Panassié et Hodeir, dans le tiraillement qui demeure encore souvent entre des approches que l’on pourrait dire holistes (et dont Panassié, pour des raisons très discutables, serait en quelque sorte un précurseur), et des approches plus centrées sur le fait musical (dont Hodeir serait, malgré lui, un pionnier). Enfin, si le temps a (presque) fait justice des soubassements racialistes présents dans les écrits précoces d’André Hodeir comme dans ceux d’Hughes Panassié, un certain nombre de termes ou de concepts impliquant le jazz demeurent fragiles ou variables (négritude, négrité, afroaméricanisme, musique noire…) et nous invitent à confronter leurs acceptions récentes à leur maniement durant l’entre-deux-guerres.

 

Programme

 

10h30

Le commentaire sur le jazz en France avant Hugues Panassié

Laurent Cugny (Université Paris-Sorbonne)

 

11h45

Autour d’une correspondance (partiellement) retrouvée

Pierre Fargeton (Université de Franche-Comté)

 

14h

La Révolution de 1930. Les premiers écrits d’Hugues Panassié et leur diffusion

dans les milieux musicaux savants français.

 

14h45

"Nigra sum sed formosa". Panassié avant Le Jazz Hot, 1930-1934

Philippe Gumplowicz (Université Evry Val d’Essonne)

 

15h45

Hugues Panassié, sur deux notes

Yannick Séité (Université Paris-Diderot)

 

16h30

Négrité transcendantale

Christian Béthune (philosophe, Clermont-Ferrand)

 

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